dimanche 16 décembre 2012

L’Île du BONHEUR 福島市

Lors du Rassemblement Franco-Japonais de soutien à la population japonaise du samedi 8 décembre 2012 à La Bastille-Paris, Nelson Surjon, engagé dans la protection des enfants de Fukushima, nous a fait une intervention réaliste et émouvante, sur la situation sanitaire des enfants et du déroulement de l'aide apportée sur place, par le gouvernement japonais, qui ne remplit pas ses obligations envers la population victime de cet accident nucléaire.
Le présent billet, fait suite et complète mes précédents billets intitulés "Les enfants sont précieux" et "Nourrir et Prendre Soin", avec l'article de Sonia, sur la situation des habitants de Fukushima.

Nelson habitait à Tokyo et a rejoint la France avec sa famille, afin de la protéger lors de l'accident nucléaire.

Un joli poème du poète japonais Taro Aizu, natif de Fukushima, nous introduit dans cet univers qui devrait être heureux et insouciant ... 
Celui de l'enfance au sein d'une famille comme partout ailleurs ...

[Concernant l'origine de la photo qui suit, c'est une très jolie plaque d'égout, qui a attiré mon regard dans une des petites rues tranquilles de Arashiyama à Kyoto, au tomber de la nuit le 16 avril 2011. Nous étions alors au Printemps.

À cette époque là, les érables étaient tendrement verdoyants...

Les plaques d'égout au Japon, sont fabriquées avec art!
Elles sont donc précieuses à mes yeux.
J'y ai donc inscrit le poème de Taro Aizu.

Si un jour vous allez visiter la forêt de bambous, avancez vous sur le chemin,  dépassez un joli lac et continuez ... Prenez les petites rues et vous tomberez certainement sur cette plaque à vos pieds!

Il faut regarder par terre, pas seulement en l'air!] (✿ ◠ ‿ ◠) 

Puissent les habitants de Fukushima retrouver le BONHEUR que son nom signifie 

 福島市 FuKu [♫ Bonheur ♫ Heureuse ♫ Bonne Fortune ♫] + Shima = Île  



MON CADEAU

"Mon cadeau pour vous"
Une petite fille est venue
et a écarté ses paumes
tenant une feuille rouge tombée
d'un érable japonais

Taro Aizu


Nelson Surjon lors de son intervention à la Bastille


" Bonjour à tous,

Je tenais à remercier Yūki et toute l’équipe de Yosomono, ainsi  que le Réseau Sortir du Nucléaire, pour me donner l’opportunité de pouvoir m’adresser à vous aujourd'hui, sur les conditions des enfants  de Fukushima.
Je veux partager avec vous aujourd'hui et vous faire entendre les voix des parents et des enfants de Fukushima, des voix presque inaudibles, rendues muettes à travers le monde, à cause de mensonges et d’une désinformation massive, engendrée par le gouvernement et les médias du monde entier, eux aussi corrompus et alliés de la Mafia nucléaire internationale. 

L’image de la  reconstruction de Fukushima est bel et bien entamée, mais avec un total mépris envers sa population, sans remords de les exposer avec  leurs enfants à des taux de radioactivité très forts, des taux alors inconcevables et INTERDITS avant la catastrophe nucléaire de Fukushima.

Alors, pour freiner une évacuation nécessaire de milliers de personnes, le gouvernement a dû trouver des solutions pour empêcher la population de s’enfuir.  

L’une de ces solutions les plus connues et plus efficaces, était d’augmenter la dose légale d’exposition de la population a la radiation «externe». De 1 mSv à 20 mSv par an. Du jamais vu! Mais comme certaines communes atteignent des niveaux largement supérieurs, le gouvernement soutient fermement qu'il n'y a pas de danger, même à 100 mSv. Il faut savoir que 5 mSv était le seuil d’évacuation à Tchernobyl et que 20 mSv était la dose maximale limite pour les travailleurs du nucléaire. Il n’y a AUCUNE nouvelle donnée scientifique qui peut à ce jour permettre de dire que ces niveaux sont sans danger pour la population. AUCUNE …  
Ils ont juste augmenté la dose légale ! 
Alors qu'en est-il pour nos amis de Fukushima, qui ont dû survivre à un tremblement de terre, un tsunami d'une puissance effroyable et la plus grosse catastrophe nucléaire à ce jour?
  
D’abord, il y a les évacués. 
Nombreux sont ceux qui ont réussi à partir… Malheureusement, ils sont partis par le mauvais chemin. Le gouvernement a caché volontairement une simulation appelée SPEEDI qui en temps réel donnait les indications si précieuses sur un plan d’évacuation qui aurait permis aux habitants de Fukushima de se protéger contre le nuage radioactif qui les poursuivait… Un nuage de Césium, Iodine, Cobalt, Strontium et Plutonium entre autres ! 
La plus part des gens, comme ceux de Minami Soma se sont réfugiés dans des villes comme Koriyama ou la ville de Fukushima, pourtant à 60 km de la centrale, mais encore plus irradiées que leurs communes qu'ils venaient juste de quitter. Cette évacuation soudaine, a entraîné une misère, tant sanitaire que psychologique. Un stress omniprésent, la peur au ventre et cette sensation d’avoir été trahi et abandonné, par un gouvernement qu'il n’aurait auparavant jamais remis en question. 

Le Nucléaire, ce n’est pas seulement un danger sur la santé physique, mais attaque aussi violemment l’état psychique des victimes. 

Les mères de Fukushima veulent protéger leurs enfants, donc, elles sont parties loin, peut être trop loin, car elles se sentent délaissées peu à peu, car leurs maris ont dû rester derrière, pour ne pas perdre leur travail. Les maris rejoignent leur famille pour ceux qui sont chanceux, pendant les weekends, mais d’autres, espacent leur visite une fois tous les mois, ou une fois tous les deux mois… D’autres maris ne comprennent pas pourquoi leurs femmes sont parties, car beaucoup doivent nier l’évidence d’une radiation dangereuse pour garder leur travail. 

L’alcoolisme, le divorce, augmentent...  Des familles séparées, déchirées.  Il y a aussi la discrimination interne et externe à Fukushima. Ceux qui ont pris conscience du danger, se retrouvent écartés de la société et doivent affronter la peur seuls, livrés à eux-mêmes, car à Fukushima, c'est tabou de parler de radiation à son voisin, à sa propre famille, même à son docteur ! 

La plupart des docteurs de Fukushima, souvent les mains liées ou tout simplement de connivence avec les autorités, déclarent systématiquement qu'aucun de leurs symptômes n’est lié à la radiation. Aucun! C’est dans la tête que ça se passe. Tout va bien a Fukushima … 
En tout cas, c’est ce que dit un certain Docteur Shunichi Yamashita.
Ce qui m’amène à la raison de ma présence ici aujourd'hui.

Les enfants de Fukushima sont sous l’emprise d’un pseudo scientifique qui contrôle la destinée, la vie et la santé d’une population d’environ 2 millions d’habitants, dont plus de trois cents mille enfants.
Donc, voici le Dr Shunichi Yamashita, que nous appelons tous avec un malin plaisir «Damashita»… Celui qui triche (en Japonais) ou encore Docteur 100 mSv!

Damashita est né a Nagasaki et ironiquement, sa mère est une Hibakusha, une irradiée. 

Encore plus ironique, Damashita avait pourtant écrit un passage très intéressant dans le Journal de L'Association des Physicistes Japonais avant la catastrophe de Fukushima, où il disait mot pour mot: « Pour les gens de moins de 20 ans, les risques de cancer sont indéniables s'ils sont exposés à une radiation de 10 a 100 mSv. » Et pourtant, c’est cet homme, qui tient maintenant entre ses mains, la vie de milliers d’enfants. 

Cet homme est aussi connu pour son fameux discours expliquant de vive voix aux habitants, que la radiation ne pouvait toucher que les gens qui ne souriaient pas et que cela avait été prouvé par une étude faite sur des SOURIS.  

Histoire vrai ! 

Lors de nombreuses interviews, il déclara aussi avec désinvolture, qu'il ne sera pas responsable des effets de la radiation sur les enfants de Fukushima, car il sera mort d’ici là!

Damashita est aussi un membre de Soka Gakai, la plus grande secte religieuse du Japon et en avril 2011, il fut nommé Conseiller de l'Université Médicale de Fukushima, qui est désormais le Quartier Général de notre fameuse étude épidémiologique.

Par décret du Gouverneur de Fukushima lui-même, Yuhei Sato, il est désormais à la tête d’une expérimentation qui vise tout simplement à minimiser la peur de la radiation, en dirigeant une campagne intense de désinformation scientifique.

Scientifiquement, celle-ci est intitulée « une étude épidémiologique », mais renommons ceci comme il doit l'être, une expérimentation  sur des êtres vivants exposés à des particules radioactives qui auront, ou qui ont déjà, des terribles conséquences sur des êtres  innocents, les enfants!

  • Les enfants de Fukushima! 
  • Les enfants du Japon! 
  • Le futur du Japon! 

Les enfants de 0 à 18 ans d’âge, au lieu d’être évacués, sont désormais officiellement devenus les cobayes de la plus grande expérimentation nucléaire de l’histoire de l’humanité. Jusqu'à ce jour, 115 000 mille enfants, participent à l’étude.

La plus part des enfants, portent maintenant un «glass badge» un petit dosimètre qui calcule leur accumulation de radiation.
Ces résultats alimentent bien évidemment notre fameuse expérimentation.

Les enfants essaient de vivre une vie d’enfants, mais trop souvent, les signes externes les ramènent hélas, trop vite a la réalité. Forcés à manger des produits potentiellement contaminés à l’école, de participer a des jeux collectifs en plein air sur une terre radioactive, afin de restaurer la confiance de communautés entières. Les enfants ne sont pas que des cobayes, mais manipulés par les adultes, pour alimenter la propagande « la restauration de Fukushima ».

Ceci est la photo d’enfants sur le chemin de l’école, passant devant l’une des centaines de stations mesurant la radioactivité ambiante.
Celle-ci montre plus de 1 uSv par heure, mais je précise que la plupart de ces stations sont truquées, car elles sont décontaminées tout autour. 
La radiation est généralement 20 à 30% plus forte.
Ceci est un fait, même reconnu par TEPCO.

Une école de la ville de Date, juste à quelques mètres de l’école, 38.54 uSv par heure, au sol.

Mais retournons a notre « étude épidémiologique »

La dernière série d’échographies de la thyroïde sur 42 000 enfants, contrôle de mars à août 2012, révèle que 43% des enfants, présentaient des anomalies de la thyroïde. 

Il y a quelques semaines, un second cas de cancer de la thyroïde a été relevé auprès d’un enfant. "Mais bien sur ce n’est pas la radiation."

Ces résultats ont bien entendu attiré de suite la fureur des parents.
Pris au dépourvu, Damashita et son coéquipier le Dr. Suzuki, appelèrent au calme en assurant de nouveau, qu'un tel pourcentage d’anomalies « ne leur semblait pas fondamentalement anormal », malgré et je cite « un manque de données sur ce sujet » et que des anomalies et cancers de la thyroïde se révélèrent seulement 4 à 5 ans après Tchernobyl.


Malheureusement pour Damashita et Suzuki san, il s’avère qu'il y a eu en fait une enquête épidémiologique  déjà réalisée en 2001, dans le cadre d’une étude sanitaire sur les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl.

Un taux de 1.6 % d’anomalies thyroïdiennes à Nagasaki et ZÉRO nodule détecté.

Il faut aussi noter que l’excuse de Damashita sur le fait que les enfants de Tchernobyl ont développé des anomalies ou des cancers qu'au bout de 5 ans, est complètement fausse!

Les études sur les enfants de Tchernobyl n’ont commencé officiellement qu'en 1990, soit 4 ans plus tard. Nous n’avons pas de données officiels avant cela. 

Mais je ne suis pas là pour vous donner des chiffres, mais plutôt pour essayer de vous relayer des messages. 

Des messages de parents inquiets et qui désirent que leur voix soit entendue. 
Ils ne veulent pas être oubliés, car leur dilemme, notre dilemme vient juste de commencer. 

Laissez-moi vous présenter,  Monsieur et Madame Shibuya:


Sur cette photo, ils viennent de recevoir les résultats des tests de leurs enfants, Ayumi chan et Mutsuki kun. Ils sont sous le choc.



Sur cette photo, Madame Kanno et ses deux enfants Yuika , 10 ans et Naoki, 11 ans. Leurs tests ne montrent pas de kystes, néanmoins  Madame Kanno est allée dans un hôpital privé, où elle s'est vue refuser un deuxième avis, selon la directive de l'hôpital.


Sur cette photo, Madame Mutoh  et ses 2 enfants, Shougo et Remi. Tous les deux ont des kystes de la thyroïde.  Madame Mutoh n’a pas eu plus d’informations.
On ne lui a pas remis une copie de l'échographie et l'hôpital lui a dit qu'il n’y avait plus besoin de suivi médical pour le moment.


Sur cette photo, Madame Mutoh a emmené Shougo dans un hôpital Universitaire de la ville de Fukushima pour un examen sanguin. Shougo manque de globules blancs, mais le docteur affirme hâtivement qu'il ne faut pas s'en inquiéter et qu'aucun autre test est nécessaire.


Naoki et Yuika sont les enfants de Madame Tsuda. Ses enfants ont eux aussi des kystes thyroïdiens. En fait sa fille Yuika en a tellement que les docteurs n’arrivent pas à les compter.


Madame Shima et ses enfants Yuri, 11 ans  et Kaito 13 ans, eux aussi présentent des kystes de la thyroïde.
Certaines de ces familles, n’ont pas trouvé de kystes chez leurs enfants d'après les premiers tests. Elles ont réussi à trouver des hôpitaux en dehors de la Préfecture, pour finalement apprendre avec stupeur, que leurs enfants avaient des kystes de la thyroïde!

Voici quelques témoignages:

1. J’ai emmené mon deuxième fils, qui souffre d’une thyroïde enflée, à l’hôpital connu pour les traitements de la thyroïde. Le médecin lui a touché la thyroïde et a écrit effectivement sur le dossier qu'il a des kystes. Je lui ai dit que nous étions de Fukushima. Alors il m’a dit qu'il n’avait pas le droit de donner son avis aux réfugiés de Fukushima.

2. Mon fils a toujours la thyroïde enflée, pas d’appétit. Malgré tout, il faut l’autorisation soit de la préfecture de Fukushima, soit de l’Université Médicale de Fukushima pour le traitement. Je suis prête à payer beaucoup d’argent pour le suivi, mais ce n’est pas une question d’argent, car évidemment, mon fils est couvert par la sécurité sociale. Salaud !

3. Bonjour. On m’a dit « Demandez d’abord à l’Université Médicale de Fukushima et attendez la réponse ». Autrement dit, aucun médecin ne peut rien faire avec les habitants et les réfugiés de Fukushima sans autorisation. Par conséquent, mon médecin ne m’a donné ni diagnostic, ni l’état actuel de ma thyroïde. 

4. Mon fils s’est fait refuser dans un hôpital qui se trouve à Nagano. J’avais déjà eu la même expérience ailleurs aussi. Le médecin m’a dit qu'il peut soigner un petit rhume ou une blessure, mais pas la thyroïde ni les maladies qui seraient liées à la radioactivité. Il m’a aussi montré une fiche « Avis sur le suivi de la santé des habitants de Fukushima » délivrée par la préfecture de Fukushima.

5. Pour soigner les réfugiés et les habitants de Fukushima, il faut absolument une autorisation de la préfecture de Fukushima qui dit que c’est eux qui prennent l’entière responsabilité de la santé et de la radioactivité de tous les habitants « à vie ». C’est absurde ce qu'ils disent...
Pour finir, j’aimerais vous faire partager un SOS de la part de notre amie Tokiko Noguchi





"Je suis une maman vivant à Fukushima. J'ai une fille collégienne et un fils handicapé. Ma fille entre au lycée cette année, et nous avions décidé avec ma famille de déménager à l’extérieur du département pour protéger nos enfants de l’irradiation. 

Depuis mars 2011, les autorités offraient une aide au logement pour les déplacés et réfugiés de l'accident nucléaire de Fukushima. Mais du jour au lendemain, la préfecture de Fukushima a déclaré qu'elle n'accepterait plus de nouvelles demandes d'appartements gratuits réquisitionnés pour les personnes souhaitant se réfugier à l’extérieur du département, dès le 28 décembre 2012.

Le jour où cette décision a été rendue publique, j’ai reçu les résultats de l’échographie de la thyroïde de mon fils, les résultats étaient terribles car de petites tumeurs étaient apparues. Je suis sous le choc et j'ai peur pour mes enfants.

De nombreux pères et mères de Fukushima se demandent s’ils doivent, afin de protéger leurs enfants, s’éloigner de leur pays natal et s’inquiètent de savoir où aller.

Dans le cas où ils prennent la décision de déménager hors de la préfecture de Fukushima, parce que cela est nécessaire, le fait de pouvoir avoir accès à des logements réquisitionnés est une aide vitale."

Il y a une pétition que vous pouvez retrouver sur mon groupe FacebookTwitter ou sur le Blog Evacuate Fukushima - 福島の子供を守れ.
S’il vous plaît partagez et signez cette pétition. Les enfants doivent être évacués et toutes les ressources nécessaires doivent être mises à disposition pour les gens qui veulent évacuer. " ©Nelson Surjon

✿ ✿ ✿
日本人頑張れ
Aujourd'hui dimanche 16 décembre, le peuple japonais vote pour les Législatives.


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